Mahomet dans la Bible ne fait l’objet d’aucune mention explicite par son nom dans le texte biblique conservé. La question reste pourtant discutée, car une partie de l’exégèse musulmane voit dans plusieurs passages des annonces indirectes, tandis que l’exégèse juive et chrétienne dominante ne retient pas cette identification.
La réponse varie selon la tradition de lecture, le contexte des versets et l’analyse linguistique de termes comme paraklétos ou machamadim. Les données disponibles, y compris une synthèse mise à jour le 06/03/2024 par le service Interroge de la Ville de Genève, montrent qu’aucun consensus interreligieux n’existe sur ce point. Pour aller plus loin, les sections suivantes détaillent les textes le plus souvent invoqués.
- 💡 Aucune mention nominale la Bible ne cite pas le nom de Mahomet dans son texte
- 💡 Trois passages dominent Deutéronome 18, Jean 14 à 16 et Cantique 5:16 reviennent le plus souvent dans le débat
- 💡 La lecture musulmane voit des annonces prophétiques indirectes appuyées par la tradition islamique
- 💡 L’exégèse dominante côté juif et chrétien ne reconnaît pas Mahomet comme personnage biblique identifié
La Bible mentionne-t-elle Mahomet ?
Réponse courte : pas de mention explicite du nom dans le texte biblique
Le point de départ reste simple. Le nom Mahomet, sous la forme arabe Muhammad ou une translittération directe, n’apparaît dans aucun livre biblique reconnu par les canons juif et chrétien. Cette constatation porte sur le texte lui-même, non sur les interprétations ultérieures. Elle vaut pour l’Ancien Testament comme pour le Nouveau Testament.
Cette absence de mention explicite n’empêche pas l’existence d’une lecture théologique musulmane. Selon l’article Wikipédia consacré à l’annonce de la venue de Mahomet, cette croyance occupe une place considérable dans la foi islamique et se retrouve dans les Sîra ainsi que chez plusieurs exégètes classiques. La question ne porte donc pas sur un nom visible dans le texte, mais sur une possible annonce indirecte. Pour aller plus loin, il faut distinguer texte et interprétation.
Pourquoi la question reste débattue entre lecture musulmane et lecture judéo-chrétienne
Le débat persiste parce que les deux traditions ne mobilisent pas la même méthode. La lecture musulmane rapproche certains versets bibliques de la mission de Mahomet par analogie prophétique, par étymologie ou par recoupement avec le Coran. Des auteurs invoquent par exemple Deutéronome 18:18, Jean 14 à 16, Cantique 5:16, parfois aussi Psaume 84 ou Ésaïe 29 et 60.
La lecture juive et chrétienne dominante s’appuie d’abord sur le contexte littéraire de chaque passage et sur son interprétation interne par la Bible elle-même. Le service Interroge de la Ville de Genève, dans une réponse mise à jour le 06/03/2024, résume cette divergence en relevant qu’« une réponse claire et tranchée n’existe pas ». Le pasteur Michel Cornuz y précise aussi que les versets de Jean sur le Paraclet concernent l’Esprit Saint et non un nouveau prophète. Pour aller plus loin, il faut préciser ce que chaque tradition entend par identification.
Qui est Mahomet dans la Bible ?
Dans la lecture musulmane : un messager annoncé par des passages prophétiques
Dans la lecture musulmane, Mahomet apparaît comme un messager annoncé par les Écritures antérieures. Cette position s’appuie à la fois sur des versets bibliques relus à la lumière du Coran et sur la tradition islamique. Des exégètes et biographes anciens comme Ibn Ishaq (704-767), Ibn Hisham (mort en 834) ou al-Waqidi (745-822) sont souvent cités dans ce cadre.
Cette lecture considère que certaines formules bibliques correspondent au profil du prophète de l’islam. Les arguments portent notamment sur « d’entre leurs frères », sur « je mettrai mes paroles dans sa bouche » ou sur le rapprochement entre des termes comme Ahmad et Muhammad. Le Coran lui-même nourrit cette lecture, notamment par des passages souvent cités comme Sourate 61, verset 6 dans la tradition apologétique, où Jésus annoncerait un messager nommé Ahmad. Pour aller plus loin, il faut examiner la lecture majoritaire hors cadre islamique.
Dans la lecture chrétienne et juive dominante : Mahomet n’est pas identifié comme personnage biblique
Dans l’exégèse biblique dominante, Mahomet n’est pas identifié comme un personnage ou un prophète annoncé dans la Bible. Les commentateurs juifs et chrétiens lisent les textes invoqués dans leur contexte propre. Ils estiment que les rapprochements proposés par l’apologétique musulmane relèvent d’une interprétation théologique externe au texte biblique.
Cette position ne signifie pas une qualification uniforme de Mahomet dans le christianisme contemporain. Michel Cornuz, cité par QuestionDieu dans le cadre des Églises réformées de Suisse, indique que la plupart des protestants ne le considéreraient ni comme un prophète au sens biblique, ni comme un blasphémateur, mais plutôt comme un réformateur religieux. Il ressort donc qu’une évaluation religieuse et une identification textuelle sont deux questions différentes. Pour aller plus loin, il faut observer les versets le plus souvent cités.
Que disent Deutéronome 18, Jean 14 et Cantique des Cantiques à ce sujet ?
Deutéronome 18:15-22 : le « prophète comme Moïse »
Le passage le plus cité reste Deutéronome 18:18 : « Je leur susciterai un Prophète comme toi d’entre leurs frères, et je mettrai mes paroles en sa bouche ». Dans la lecture musulmane, l’expression « comme Moïse » renverrait mieux à Mahomet qu’à Jésus, parce que Moïse et Mahomet seraient nés naturellement, auraient exercé une autorité sociale et seraient morts naturellement. L’expression « d’entre leurs frères » est parfois reliée aux Ismaélites, vus comme frères des Israélites.
La lecture chrétienne répond par le contexte immédiat de Deutéronome 18:9-22, centré sur les vrais et faux prophètes en Israël, puis par l’interprétation du Nouveau Testament. Des passages comme Actes 3:22 et Actes 7:37 appliquent cette annonce à Jésus. GotQuestions et d’autres ressources chrétiennes soulignent donc que l’identification interne de la Bible va dans ce sens. Pour aller plus loin, il faut regarder le cas du Paraclet dans l’évangile de Jean.
Jean 14 à 16 : le Paraclet annoncé par Jésus
Les chapitres Jean 14 à 16 occupent une place centrale dans le débat. Certains auteurs musulmans soutiennent que le Paraclet, ou Consolateur, désigne un prophète futur et non l’Esprit Saint. Une variante apologétique affirme que le grec original aurait été periklutos, « le très loué », mot rapproché d’Ahmad ou Muhammad.
La lecture chrétienne dominante s’appuie sur les formulations mêmes de Jean. Jean 14:26 identifie le Paraclet comme « l’Esprit-Saint », et Jean 16:13 parle de l’« Esprit de vérité ». Les Éditions CEB et plusieurs analyses chrétiennes notent aussi que l’hypothèse de substitution entre paraklétos et periklutos ne correspond pas à la tradition manuscrite reçue et ne rend pas compte des fonctions attribuées au Paraclet dans le texte. Pour aller plus loin, le troisième passage principal concerne le Cantique des Cantiques.
Cantique des Cantiques 5:16 : le mot hébreu souvent rapproché de Muhammad
Le verset Cantique 5:16 contient le terme hébreu machamadim, parfois rapproché de Muhammad en raison d’une proximité phonétique. Cet argument circule largement dans la littérature apologétique musulmane et sert à soutenir l’idée d’une mention nominale indirecte.
Les critiques linguistiques objectent que machamadim est le pluriel d’un terme signifiant « choses désirables » ou « charmant », et non un nom propre. GotQuestions résume cet argument en indiquant qu’il s’agit d’un adjectif pluriel, ce qui affaiblit l’identification à Mahomet. Le débat touche donc moins au sens général du verset qu’à la valeur grammaticale exacte du mot hébreu. Pour aller plus loin, il faut isoler la question technique du terme paraklétos.

Le terme paraklétos peut-il désigner Mahomet ?
L’argument periklutos / Ahmad dans l’apologétique musulmane
L’un des arguments les plus techniques concerne le grec paraklétos. Dans certaines défenses musulmanes, le terme aurait été altéré et devrait être lu periklutos, qui signifierait « très loué ». Le rapprochement se fait alors avec Ahmad ou Muhammad, deux noms reliés à l’idée de louange. Un hadith cité par les Éditions CEB, Sahih Muslim vol. 4, no. 5810, mentionne d’ailleurs qu’Ahmad est aussi un nom de Mahomet.
Cette thèse joue un rôle central dans une apologétique abondante, présente sur de nombreux sites et ouvrages de controverse religieuse. Elle permet d’intégrer les annonces de Jésus dans l’évangile au schéma islamique d’une succession de messagers. Al-Ajamî note toutefois que l’argument relève largement d’une démarche apologétique et concurrentielle entre religions. Pour aller plus loin, il faut confronter cette hypothèse à la lecture textuelle classique du quatrième évangile.
Pourquoi l’exégèse chrétienne identifie le Paraclet à l’Esprit Saint
L’exégèse chrétienne dominante ne retient pas l’hypothèse periklutos. Elle observe d’abord que les manuscrits grecs connus portent paraklétos et que le texte johannique définit lui-même ce personnage. Jean 14:26 parle du « Paraclet, l’Esprit-Saint », tandis que Jean 15:26 et 16:13 développent les fonctions d’enseignement, de témoignage et de conduite dans la vérité.
Cette lecture s’appuie aussi sur la cohérence du passage. Le Paraclet vient après le départ de Jésus, demeure auprès des disciples, rappelle ses paroles et agit d’une manière spirituelle plutôt qu’historique ou politique. Michel Cornuz résume cette interprétation en affirmant que ces versets concernent la venue de l’Esprit Saint et non celle d’un nouveau prophète. Pour aller plus loin, il faut examiner les arguments majeurs avancés par les exégèses musulmanes hors du seul cas de Jean.
Quels sont les arguments majeurs des exégèses musulmanes ?
L’expression « d’entre leurs frères » et la descendance d’Ismaël
Un argument fréquent porte sur la formule « d’entre leurs frères » dans Deutéronome 18:18. Des auteurs musulmans soutiennent que les « frères » des Israélites peuvent désigner les Ismaélites, issus d’Ismaël, autre fils d’Abraham. Mahomet serait alors concerné en tant que descendant de cette lignée arabe, et non comme Israélite.
Cette interprétation s’insère dans une vision plus large de la continuité abrahamique entre judaïsme, christianisme et islam. Elle s’appuie aussi sur d’autres rapprochements géographiques ou généalogiques, comme Paran associé à l’Arabie dans certaines lectures. Les critiques soulignent cependant que le contexte immédiat du Deutéronome parle d’abord d’Israël et de ses prophètes. Pour aller plus loin, il faut observer le second argument, centré sur la formule relative à la parole mise dans la bouche du prophète.
« Je mettrai mes paroles dans sa bouche » et le parallèle avec la révélation coranique
La phrase « je mettrai mes paroles dans sa bouche » joue un rôle important dans l’argumentation musulmane. Elle est rapprochée de la croyance selon laquelle Mahomet a reçu la révélation coranique par transmission, sans produire lui-même le texte. Le parallèle vise à montrer une correspondance entre la formulation biblique et la nature verbale du Coran dans la théologie islamique.
Cette lecture s’accorde avec la représentation du prophète comme récitant une parole venue de Dieu. Certains auteurs y ajoutent le thème du prophète illettré, mis en relation avec Ésaïe 29:10-12 dans des développements plus larges. La critique chrétienne répond que cette analogie ne suffit pas à identifier le personnage, car de nombreux prophètes bibliques parlent au nom de Dieu. Pour aller plus loin, il faut considérer les rapprochements linguistiques souvent mis en avant.
Les rapprochements linguistiques autour de machamadim, Ahmad et Muhammad
Les exégèses musulmanes utilisent souvent des proximités lexicales. Le mot hébreu machamadim dans le Cantique, le nom Ahmad mentionné dans la tradition islamique et le nom Muhammad sont rapprochés autour de l’idée de ce qui est loué ou désirable. Ces correspondances servent à défendre l’idée d’une trace textuelle ou sémantique de Mahomet dans les Écritures antérieures.
Ces rapprochements ne reposent pas tous sur le même niveau de preuve. Certains relèvent de l’étymologie, d’autres de la phonétique, d’autres encore d’une lecture religieuse du sens global. Les critiques objectent que la similarité sonore n’établit pas, à elle seule, une identité textuelle. Le débat passe donc de la théologie à la philologie, c’est-à-dire à l’étude historique des mots et des langues. Pour aller plus loin, il faut voir comment les chrétiens répondent à ces arguments de manière structurée.

Comment les chrétiens répondent-ils aux affirmations musulmanes ?
Le contexte des passages et leur interprétation interne dans la Bible
La réponse chrétienne classique commence par la lecture du contexte. Pour Deutéronome 18, le passage s’insère dans un cadre de régulation du prophétisme en Israël. Pour Jean 14 à 16, le discours traite de la relation entre Jésus, ses disciples et l’Esprit de vérité. Pour le Cantique, le passage appartient à une poésie amoureuse et non à une liste de noms prophétiques.
Cette méthode privilégie l’interprétation interne du texte biblique avant les rapprochements externes. Elle considère qu’un passage doit d’abord être compris dans sa langue, son genre littéraire et sa place canonique. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’exégèse dominante ne retient pas une identification de Mahomet dans ces versets. Pour aller plus loin, il faut examiner l’argument spécifique portant sur Jésus dans le Nouveau Testament.
L’identification de Deutéronome 18 à Jésus dans le Nouveau Testament
Le second axe de réponse consiste à rappeler que le Nouveau Testament applique explicitement Deutéronome 18 à Jésus. Les références les plus souvent citées sont Jean 1:43-45, Luc 24:27, Actes 3:12-26 et Actes 7:37. Dans ces textes, Jésus apparaît comme l’accomplissement de la promesse liée au prophète annoncé par Moïse.
Pour la théologie chrétienne, cette identification interne pèse davantage qu’une relecture postérieure depuis une autre tradition religieuse. Elle ne clôt pas le débat interreligieux, mais elle explique pourquoi la lecture chrétienne ne laisse pas de place à une seconde identification principale de ce même passage à Mahomet. Pour aller plus loin, il faut revenir aux objections proprement linguistiques.
Les objections linguistiques à l’identification de Mahomet dans Jean et le Cantique
Les objections linguistiques sont précises. Dans Jean, les manuscrits reçus donnent paraklétos et non periklutos. Dans le Cantique, machamadim fonctionne comme un terme descriptif et non comme un nom propre. Ces deux points réduisent la solidité des identifications basées sur la seule ressemblance sonore.
Les critiques chrétiennes et universitaires ajoutent que la méthode consistant à isoler un mot hors de son contexte produit des conclusions fragiles. Al-Ajamî souligne lui aussi le caractère apologétique de cette construction, tandis que la synthèse genevoise parle d’une question difficile à recevoir dans la théologie chrétienne classique. Pour aller plus loin, il reste à formuler une conclusion méthodique sur ce qu’il est possible d’affirmer sérieusement.
Que peut-on conclure sérieusement sur Mahomet dans la Bible ?
Une croyance théologique importante en islam
Du point de vue islamique, la présence de Mahomet dans la Bible relève d’une croyance théologique structurante. La tradition musulmane lit certains passages bibliques comme des annonces préparatoires de la venue du dernier messager. Cette conviction apparaît dans les Sîra, chez des exégètes comme Ibn Kathir ou Al-Qurtubi, et dans une littérature apologétique très abondante.
Cette importance religieuse explique la persistance du sujet dans les débats contemporains. Elle se rattache aussi à des versets coraniques souvent invoqués sur le rapport entre les prophètes et les « gens du Livre ». La thèse conserve donc une forte portée interne à l’islam, même lorsqu’elle n’est pas admise par l’exégèse biblique dominante. Pour aller plus loin, il faut distinguer la valeur de foi et la valeur critique d’une identification.
Une identification non retenue par l’exégèse biblique dominante
Sur le plan de l’analyse textuelle, les sources disponibles conduisent à une conclusion prudente. Le texte biblique ne donne aucune mention explicite de Mahomet, et les principaux passages invoqués reçoivent, dans l’exégèse juive et chrétienne dominante, une autre interprétation. Trois ensembles restent au centre du débat, Deutéronome 18, Jean 14 à 16 et Cantique 5:16.
La valeur ajoutée du dossier tient donc dans la distinction entre deux niveaux. D’un côté, il existe une lecture musulmane cohérente avec la théologie islamique. De l’autre, l’exégèse biblique dominante ne reconnaît pas cette identification comme fondée par le texte lui-même. Cette différence de méthode explique l’essentiel du désaccord actuel.
Mahomet dans la Bible désigne donc surtout une question d’interprétation, non une donnée textuelle explicite. L’examen sérieux du dossier demande de séparer la fonction de ces lectures dans la foi islamique et leur réception limitée dans l’exégèse biblique dominante.


